Q1a — Fermeture algébrique sous l'opérateur de Cole–Hopf

Cœur algébrique de Q1. Enfant de delib-20260416-102e. Bloquant pour Q1c + Q3 (task-20260416-cb62). Complémentaire de Q2 (task-20260416-8329).

Résumé

On prouve la Proposition \((\dagger)\) : la famille exponentielle \(\{p_\theta \propto e^{-\theta^\top\varphi}\}\) est stable par convolution gaussienne si et seulement si les fonctions \(G_{ij} := \langle\nabla\varphi_i,\nabla\varphi_j\rangle\) et \(H_i := \Delta\varphi_i\) appartiennent, comme fonctions de \(x\), au sous-espace affine \(\mathcal{A} := \mathrm{Span}\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r\} \oplus \mathbb{R}\cdot 1\), et ce uniformément en \(\theta\). L'hypothèse technique est la minimalité de la famille, c'est-à-dire l'indépendance linéaire de \(\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r,1\}\) comme fonctions de \(x\). Dans le cas polynomial, \((\dagger)\) force \(\deg \varphi_i \le 2\) pour tout \(i\) — toute famille polynomiale stable est donc au plus quadratique. La classification des bases quadratiques saturées est décrite au §5.


1. Notations et hypothèse de minimalité

On reprend le cadre de problem.md. Soit \(\varphi : \mathbb{R}^d \to \mathbb{R}^r\) mesurable, \(\varphi \in C^2\) au moins, et \[ p_\theta(x) = Z_\theta^{-1}\,e^{-\theta^\top\varphi(x)}, \qquad Z_\theta = \int_{\mathbb{R}^d} e^{-\theta^\top\varphi(x)}\,dx < \infty, \qquad \theta \in \Theta \subseteq \mathbb{R}^r. \] On suppose \(\Theta\) ouvert non vide (cf. Q1b pour la question d'intégrabilité). On pose \[ V := \mathrm{Span}\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r\} \subset C^2(\mathbb{R}^d,\mathbb{R}), \qquad \mathcal{A} := V \oplus \mathbb{R}\cdot 1, \] et, pour \(f \in C^2(\mathbb{R}^d,\mathbb{R})\), l'opérateur non linéaire de Cole–Hopf \[ \mathcal{L} f := \tfrac{1}{2}\|\nabla f\|^2 - \tfrac{1}{2}\Delta f. \tag{CH} \]

Hypothèse (M) — minimalité. Les fonctions \(\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r, 1\}\) sont linéairement indépendantes comme fonctions de \(x \in \mathbb{R}^d\).

Commentaire. C'est la condition de famille exponentielle minimale (Barndorff-Nielsen, Information and Exponential Families, 1978, §8 ; audit Feynman de Q3). Sans (M), l'identification des coefficients \(\alpha^{(ij)}_k\), \(\beta^{(ij)}_0\), \(\gamma^{(i)}_k\), \(\delta^{(i)}_0\) dans \((\dagger)\) n'est pas unique, et la reparamétrisation \(\theta \mapsto \tilde\theta\) n'est pas bien définie. Si (M) échoue, on se ramène à une sous-famille minimale en enlevant les redondances (ex. \(\mathrm{vec}(xx^\top)\) non symétrisé, cf. note I5 de la synthèse).

On note \(c(t) := \tfrac{d}{dt}\log Z_{\theta_t}\) la dérive logarithmique de la constante de normalisation le long d'un chemin \(t \mapsto \theta_t\).

2. Lemme de Cole–Hopf

Lemme 2.1 (Cole–Hopf). Soit \(u \in C^{2,1}(\mathbb{R}^d \times \mathbb{R}_+)\) avec \(u > 0\). Pose \(f := -\log u\). Alors \[ \partial_t u = \tfrac{1}{2}\Delta u \quad\Longleftrightarrow\quad \partial_t f = -\mathcal{L} f. \tag{2.1} \]

Preuve. Les égalités \(u = e^{-f}\), \(\nabla u = -u\,\nabla f\) et \(\Delta u = u\bigl(\|\nabla f\|^2 - \Delta f\bigr)\) s'obtiennent par dérivation directe. Par ailleurs \(\partial_t u = -u\,\partial_t f\). L'équation de la chaleur \(\partial_t u = \tfrac{1}{2}\Delta u\) s'écrit donc \[ -u\,\partial_t f = \tfrac{1}{2} u\bigl(\|\nabla f\|^2 - \Delta f\bigr). \] En divisant par \(-u < 0\), on obtient \(\partial_t f = -\tfrac{1}{2}\|\nabla f\|^2 + \tfrac{1}{2}\Delta f = -\mathcal{L} f\). La réciproque est immédiate en remontant. \(\blacksquare\)

Convention de signe. On adopte \(\mathcal{L}f := \tfrac{1}{2}\|\nabla f\|^2 - \tfrac{1}{2}\Delta f\) conformément à la Remarque 2 de problem.md. Le signe dans Lemme 2.1 donne alors \(\partial_t f = -\mathcal{L} f\) (type Hamilton–Jacobi avec terme de diffusion). La condition de fermeture \((\dagger)\) ci-dessous est insensible au signe, \(\mathcal{A}\) étant stable par multiplication scalaire.

Corollaire 2.2 (dictionnaire stabilité \(\leftrightarrow\) Hamilton–Jacobi). Supposons l'existence d'un chemin dérivable \(t \mapsto \theta_t \in \Theta\) avec \(\theta_0 = \theta\) tel que \(p_{\theta_t}(x) = (p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}})(x)\) pour tout \(t \ge 0\). Alors \[ \partial_t \bigl(\theta_t^\top\varphi\bigr)(x) \;=\; -\mathcal{L}\!\bigl(\theta_t^\top\varphi\bigr)(x) \;-\; c(t), \qquad \forall (x,t) \in \mathbb{R}^d \times \mathbb{R}_+. \tag{$\ast$} \]

Preuve. Posons \(v_t(x) := p_{\theta_t}(x) = Z_{\theta_t}^{-1}\,e^{-\theta_t^\top\varphi(x)}\). Le noyau gaussien \(\gamma_{\sqrt{2t}}\) étant la solution fondamentale de la chaleur, \(v_t(x) = (p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}})(x)\) satisfait \(\partial_t v_t = \tfrac{1}{2}\Delta v_t\). Posons \(\tilde f_t(x) := -\log v_t(x) = \theta_t^\top\varphi(x) + \log Z_{\theta_t}\). Par Lemme 2.1, \(\partial_t \tilde f_t = -\mathcal{L} \tilde f_t\). Or \(\log Z_{\theta_t}\) ne dépend pas de \(x\), donc \(\nabla \tilde f_t = \nabla f_t\) (avec \(f_t := \theta_t^\top\varphi\)) et \(\mathcal{L}\tilde f_t = \mathcal{L}f_t\). D'autre part \(\partial_t \tilde f_t = \partial_t f_t + c(t)\). On en déduit \(\partial_t f_t + c(t) = -\mathcal{L} f_t\), ce qui est \((\ast)\). \(\blacksquare\)

3. Développement de \(\mathcal{L}(\theta^\top\varphi)\)

Pour \(f = \theta^\top\varphi = \sum_i \theta_i \varphi_i\), on calcule : \[ \nabla f = \sum_i \theta_i \nabla\varphi_i, \qquad \|\nabla f\|^2 = \sum_{i,j} \theta_i\theta_j \,\langle\nabla\varphi_i,\nabla\varphi_j\rangle, \qquad \Delta f = \sum_i \theta_i\,\Delta\varphi_i. \] En introduisant \(G_{ij}(x) := \langle\nabla\varphi_i(x),\nabla\varphi_j(x)\rangle\) (symétrique en \(i,j\)) et \(H_i(x) := \Delta\varphi_i(x)\), on obtient la décomposition bilinéaire \[ \boxed{\;\mathcal{L}(\theta^\top\varphi)(x) \;=\; \tfrac{1}{2}\sum_{i,j=1}^r \theta_i\theta_j\, G_{ij}(x) \;-\; \tfrac{1}{2}\sum_{i=1}^r \theta_i\, H_i(x).\;} \tag{3.1} \]

L'expression (3.1) est quadratique en \(\theta\), linéaire en les deux familles \(\{G_{ij}\}_{i\le j}\) et \(\{H_i\}_i\) vues comme fonctions de \(x\).

4. Proposition \((\dagger)\) — fermeture algébrique

Proposition 4.1 \((\dagger)\). Sous l'hypothèse (M), la famille exponentielle \(\{p_\theta\}_{\theta \in \Theta}\) est stable par convolution gaussienne (au sens de Q1) si et seulement s'il existe des scalaires \(\alpha^{(ij)}_k, \beta^{(ij)}_0, \gamma^{(i)}_k, \delta^{(i)}_0 \in \mathbb{R}\) (\(1 \le i,j,k \le r\)), indépendants de \(\theta\) et de \(x\), tels que \[ G_{ij}(x) = \sum_{k=1}^r \alpha^{(ij)}_k\,\varphi_k(x) + \beta^{(ij)}_0, \qquad H_i(x) = \sum_{k=1}^r \gamma^{(i)}_k\,\varphi_k(x) + \delta^{(i)}_0, \qquad \forall x \in \mathbb{R}^d. \tag{$\dagger$} \]

Autrement dit, \((\dagger)\) dit \(G_{ij} \in \mathcal{A}\) et \(H_i \in \mathcal{A}\) uniformément — la famille \(V\) est fermée sous Cole–Hopf modulo constantes.

Avertissement circularité (Wheeler). L'énoncé standard de la Remarque 2 de problem.md part de l'existence d'un chemin \(\theta_t\) pour déduire \((\dagger)\) ; or ce chemin suppose la stabilité. Ici on contourne la circularité en exigeant \((\dagger)\) comme identité polynomiale en \(\theta\) à coefficients fonction de \(x\), indépendamment de tout chemin. Voir la note circular-q1a-stability-vs-closure.md.

4.1 Preuve (\(\Leftarrow\)) — \((\dagger)\) implique la stabilité

Supposons \((\dagger)\). Injectant dans (3.1), \[ \mathcal{L}(\theta^\top\varphi)(x) \;=\; \tfrac{1}{2}\sum_{i,j}\theta_i\theta_j\!\left[\sum_k \alpha^{(ij)}_k \varphi_k(x) + \beta^{(ij)}_0\right] \;-\; \tfrac{1}{2}\sum_i \theta_i\!\left[\sum_k \gamma^{(i)}_k \varphi_k(x) + \delta^{(i)}_0\right]. \] En regroupant par \(\varphi_k\) et par \(1\) et changeant de signe pour correspondre à \(-\mathcal{L}\) dans \((\ast)\), on obtient \[ -\mathcal{L}(\theta^\top\varphi)(x) \;=\; \sum_{k=1}^r A_k(\theta)\,\varphi_k(x) \;+\; B(\theta), \tag{4.1} \] avec les coefficients polynomiaux en \(\theta\) : \[ A_k(\theta) = -\tfrac{1}{2}\sum_{i,j}\theta_i\theta_j\,\alpha^{(ij)}_k + \tfrac{1}{2}\sum_i \theta_i\,\gamma^{(i)}_k, \quad B(\theta) = -\tfrac{1}{2}\sum_{i,j}\theta_i\theta_j\,\beta^{(ij)}_0 + \tfrac{1}{2}\sum_i \theta_i\,\delta^{(i)}_0. \] Ces \(A_k\) sont des polynômes de degré \(2\) en \(\theta\) ; \(B\) aussi.

Construction du chemin \(\theta_t\). L'équation \((\ast)\) du Cor. 2.2 dit \(\partial_t(\theta_t^\top\varphi) = -\mathcal{L}(\theta_t^\top\varphi) - c(t)\). Le membre gauche est \(\sum_k \dot\theta_{t,k}\,\varphi_k(x)\). Le membre droit, par (4.1), est \(\sum_k A_k(\theta_t)\,\varphi_k(x) + B(\theta_t) - c(t)\). En projetant sur la base \(\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r,1\}\) (ce qui est licite par (M)), on obtient le système fini : \[ \dot\theta_{t,k} = A_k(\theta_t), \qquad 1 \le k \le r, \tag{4.2} \] \[ c(t) = B(\theta_t). \tag{4.3} \] (4.2) est une EDO autonome sur \(\mathbb{R}^r\) à champ de vecteurs polynomial (donc localement lipschitzien) : par Cauchy–Lipschitz, pour \(\theta_0 = \theta \in \Theta\) il existe une unique solution \(t \mapsto \theta_t\) sur un intervalle maximal \([0, T^\star)\) avec \(\theta_t \in \mathbb{R}^r\). Sa permanence dans \(\Theta\) sur tout l'intervalle \(t \in [0, \sigma^2/2]\) d'intérêt est une question d'intégrabilité renvoyée à Q1b. (4.3) détermine alors \(\log Z_{\theta_t}\) par intégration : \(\log Z_{\theta_t} = \log Z_\theta + \int_0^t B(\theta_s)\,ds\).

Reconstruction de \(\tilde p_\theta\). Posons \(f_t(x) := \theta_t^\top \varphi(x)\) et \(u_t(x) := Z_{\theta_t}\,e^{-f_t(x)}\). Par (4.2)–(4.3), \(f_t\) satisfait \((\ast)\) (par construction). Par Lemme 2.1, \(u_t\) satisfait la chaleur. Comme \(u_0 = Z_\theta\,e^{-\theta^\top\varphi} = Z_\theta\,p_\theta\) et que la solution de la chaleur avec donnée initiale intégrable est unique dans la classe des fonctions à croissance sous-gaussienne (Tychonoff ; ce point est pris en charge par Q1b), on a \(u_t(x) = Z_\theta\,(p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}})(x)\). D'où \(p_{\theta_t} = Z_{\theta_t}^{-1} u_t = \tfrac{Z_\theta}{Z_{\theta_t}} (p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}})\). L'intégrale des deux membres étant \(1\), on conclut \(p_{\theta_t} = p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}}\).

La stabilité au sens de Q1 est donc prouvée avec \(\tilde\theta = \theta_t\) pour \(t = \sigma^2/2\). \(\square\)

4.2 Preuve (\(\Rightarrow\)) — stabilité implique \((\dagger)\)

Supposons la famille \(\{p_\theta\}\) stable. Pour \(\theta \in \Theta\) fixé, il existe donc un chemin \(C^1\) \(t \mapsto \theta_t \in \Theta\) avec \(\theta_0 = \theta\) et \(p_{\theta_t} = p_\theta \ast \gamma_{\sqrt{2t}}\) pour tout \(t \ge 0\) petit. (Cette hypothèse de régularité \(C^1\) du chemin est la portion Q1c/régularité du briefing — ici on l'admet ; cf. audit Feynman de Q3 pour l'hypothèse explicite de stabilité régulière.)

Par le Cor. 2.2, \(f_t := \theta_t^\top\varphi\) satisfait \((\ast)\). Évaluant en \(t = 0\) : \[ \dot\theta_0^\top\,\varphi(x) + c(0) \;=\; -\mathcal{L}(\theta^\top\varphi)(x), \qquad \forall x \in \mathbb{R}^d. \tag{4.4} \] Injectant la décomposition (3.1) pour le membre droit : \[ \dot\theta_0^\top\,\varphi(x) + c(0) \;=\; -\tfrac{1}{2}\sum_{i,j}\theta_i\theta_j\, G_{ij}(x) \;+\; \tfrac{1}{2}\sum_i \theta_i\, H_i(x). \tag{4.5} \]

L'identité (4.5) doit tenir pour tout \(\theta \in \Theta\) (et pour chaque \(\theta\), le chemin \(\theta_t\) et la dérivée initiale \(\dot\theta_0\) dépendent de \(\theta\)). Réécrivons : pour chaque \(\theta\), le membre gauche \(\dot\theta_0(\theta)^\top\varphi(x) + c(0)(\theta)\) est une fonction de \(x\) dans \(\mathcal{A}\) (combinaison linéaire de \(\varphi_1,\ldots,\varphi_r,1\)). Donc le membre droit aussi : \[ -\tfrac{1}{2}\sum_{i,j}\theta_i\theta_j\, G_{ij}(x) + \tfrac{1}{2}\sum_i \theta_i\, H_i(x) \;\in\; \mathcal{A} \qquad \forall \theta \in \Theta, \forall x. \tag{4.6} \]

Identification coefficient par coefficient. Comme \(\Theta\) est ouvert, on peut développer (4.6) comme polynôme en \(\theta\) à coefficients fonctions de \(x\). Deux polynômes de \(\theta\) qui coïncident sur un ouvert sont égaux — en particulier, pour chaque monôme \(\theta_i\theta_j\) (resp. \(\theta_i\)), sa contribution à (4.6) doit appartenir à \(\mathcal{A}\) séparément. C'est le point clef.

Argument précis. Soit \(\theta^{(0)} \in \Theta\) et \(\delta \in \mathbb{R}^r\) suffisamment petit pour que \(\theta^{(0)} + \varepsilon\delta \in \Theta\) pour \(|\varepsilon|\) petit. Comme (4.6) vaut pour \(\theta = \theta^{(0)} + \varepsilon\delta\), le membre de gauche de (4.6) (vu dans l'espace quotient \(C(\mathbb{R}^d)/\mathcal{A}\)) est nul pour tout \(\varepsilon\) petit. Mais c'est un polynôme de degré \(2\) en \(\varepsilon\) ; ses trois coefficients (en \(\varepsilon^0, \varepsilon^1, \varepsilon^2\)) sont donc nuls dans \(C(\mathbb{R}^d)/\mathcal{A}\). Cela donne :

Le degré 2 dit (en absorbant le scalaire \(-\tfrac{1}{2}\), \(\mathcal{A}\) étant un sous-espace linéaire) : \(\sum_{i,j}\delta_i\delta_j G_{ij} \in \mathcal{A}\) pour tout \(\delta \in \mathbb{R}^r\). En choisissant \(\delta = e_i\) (vecteur canonique), on obtient \(G_{ii} \in \mathcal{A}\). Puis \(\delta = e_i + e_j\) donne \(G_{ii} + 2G_{ij} + G_{jj} \in \mathcal{A}\) ; soustrayant, \(G_{ij} \in \mathcal{A}\) pour tout \(i,j\). Enfin, reprenant le degré 1 avec \(\theta^{(0)}\) quelconque et \(G_{ij} \in \mathcal{A}\), on obtient \(\sum_i \delta_i H_i \in \mathcal{A}\) pour tout \(\delta\), donc \(H_i \in \mathcal{A}\) pour tout \(i\).

Par (M), la décomposition de chaque \(G_{ij}, H_i\) sur la base \((\varphi_1,\ldots,\varphi_r,1)\) est unique, ce qui donne les scalaires \(\alpha^{(ij)}_k, \beta^{(ij)}_0, \gamma^{(i)}_k, \delta^{(i)}_0\) de \((\dagger)\). \(\square\)

Remarque. L'implication \(\Rightarrow\) utilise deux hypothèses de régularité non triviales : (a) le chemin \(\theta_t\) est \(C^1\), donc \(\dot\theta_0\) existe ; (b) l'ensemble \(\Theta\) est ouvert. Ces deux conditions sont précisément ce que Feynman appelle la stabilité régulière (audit Q3). Sans elles, on peut avoir stabilité Q1 ponctuelle sans avoir \((\dagger)\) ; la réciproque est alors strictement plus forte et relève de Q1c.

5. Cas polynomial — borne \(D \le 2\) et classification

Théorème 5.1 (borne de degré). Supposons l'hypothèse (M) et que chaque \(\varphi_i\) est une fonction polynomiale de \(x\), de degré \(d_i := \deg\varphi_i \in \mathbb{N}\). Soit \(D := \max_i d_i\). Si la famille \(\{p_\theta\}\) est stable au sens de Q1, alors \(D \le 2\).

Preuve. Par Prop. 4.1, \((\dagger)\) vaut. En particulier, pour tout \(i,j\), \(G_{ij} \in \mathcal{A}\), donc \(\deg G_{ij} \le D\) (puisque tout élément de \(\mathcal{A}\) est combinaison linéaire d'éléments de degré \(\le D\)). D'autre part, \(G_{ij}(x) = \langle\nabla\varphi_i(x), \nabla\varphi_j(x)\rangle\) est une somme de produits \(\partial_k \varphi_i(x)\,\partial_k\varphi_j(x)\) ; comme \(\deg(\partial_k \varphi_i) \le d_i - 1\), on a en général \[ \deg G_{ij} \le d_i + d_j - 2, \] avec égalité dès que \(\varphi_i\) et \(\varphi_j\) ont un terme de plus haut degré non orthogonal (voir Remarque 5.2 ci-dessous).

Choisissons \(i = j = \arg\max_k d_k\), et supposons que \(\varphi_i\) est un polynôme de degré exactement \(D\) avec terme principal \(p_D(x)\). Alors \(G_{ii}(x) = \|\nabla\varphi_i(x)\|^2\) a pour terme principal \(\|\nabla p_D(x)\|^2\), qui est homogène de degré \(2(D-1) = 2D-2\) et non identiquement nul (car \(p_D\) est non constant : un polynôme homogène non nul a un gradient non identiquement nul). Donc \(\deg G_{ii} = 2D - 2\).

La condition \((\dagger)\) impose \(2D - 2 \le D\), d'où \(D \le 2\). \(\blacksquare\)

Remarque 5.2 (pourquoi le terme principal ne s'annule pas). On a utilisé implicitement : si \(p\) est un polynôme homogène non constant, \(\|\nabla p\|^2\) est un polynôme non identiquement nul. Preuve : \(\|\nabla p\|^2 = 0\) identiquement implique \(\nabla p \equiv 0\), donc \(p\) constant. L'hypothèse (M) exige que \(\varphi_i\) ne soit pas constant (sinon \(\varphi_i \in \mathbb{R}\cdot 1\), contradiction avec l'indépendance linéaire avec \(1\)).

Corollaire 5.3 (borne d'Euler). Sous les hypothèses de Thm 5.1, si \(\varphi_i\) est de degré \(d_i \ge 2\), alors \(d_i = 2\) et la partie homogène de degré \(2\) de \(\varphi_i\) est une forme quadratique. (Immédiat par \(D \le 2\).)

5.1 Classification des bases quadratiques

Cadre. Sous (M) et la conclusion de Thm 5.1, chaque \(\varphi_i\) est de degré \(\le 2\). Écrivons la décomposition canonique \[ \varphi_i(x) \;=\; x^\top A_i\, x \;+\; b_i^\top x \;+\; c_i, \qquad A_i \in \mathrm{Sym}_d(\mathbb{R}),\; b_i \in \mathbb{R}^d,\; c_i \in \mathbb{R}. \] Quitte à soustraire une constante et renormaliser, on peut supposer \(c_i = 0\) (absorbé dans \(\log Z_\theta\)).

L'espace ambiant maximal pour des \(\varphi\) quadratiques est \[ \mathcal{Q} := \mathrm{Span}\{x_i x_j : 1 \le i \le j \le d\} \oplus \mathrm{Span}\{x_i : 1 \le i \le d\}, \] de dimension \(\dim \mathcal{Q} = \binom{d+1}{2} + d = \tfrac{d(d+1)}{2} + d = \tfrac{d(d+3)}{2}\).

Théorème 5.4 (fermeture saturée). Sous (M), une famille polynomiale \(\varphi = (\varphi_1,\ldots,\varphi_r)\) satisfait \((\dagger)\) saturément (au sens : tous les \(G_{ij}\) et \(H_i\) engendrent \(\mathcal{A}\) modulo linéarités) si et seulement si \(V := \mathrm{Span}\{\varphi_1,\ldots,\varphi_r\} = \mathcal{Q}\), i.e. la famille contient une base linéaire de \(\mathcal{Q}\).

Esquisse. \((\Leftarrow)\) : si \(V = \mathcal{Q}\), on vérifie que \(G_{ij} \in \mathcal{Q} \oplus \mathbb{R} = \mathcal{A}\) et \(H_i \in \mathbb{R} \subset \mathcal{A}\) par calcul direct : \(\nabla(x^\top A\,x + b^\top x) = 2Ax + b\), donc \(G_{ij}(x) = (2A_i x + b_i)^\top(2A_j x + b_j)\), quadratique en \(x\) ; et \(\Delta(x^\top A x + b^\top x) = 2\mathrm{tr}(A) = \mathrm{cste}\). \((\Rightarrow)\) : si \(V \subsetneq \mathcal{Q}\) mais saturant \((\dagger)\), par clôture il faut que tous les \(G_{ij}\) (qui engendrent génériquement \(\mathcal{Q}\) en variant \(A_i\)) soient dans \(V \oplus \mathbb{R}\), ce qui impose \(V \supseteq\) à l'enveloppe des produits \((2A_ix+b_i)^\top(2A_jx+b_j)\) ; pour des \(A_i, b_i\) génériques, cette enveloppe est \(\mathcal{Q}\) entier. \(\blacksquare\)

Sous-familles strictes (exemples). Voici plusieurs familles \(V \subsetneq \mathcal{Q}\) qui satisfont néanmoins \((\dagger)\) — toutes liées à des classes de diffusions conjuguées au mouvement brownien :

Nom \(V\) Dim Reparamétrisation
Gaussienne générale \(\mathcal{Q}\) entier \(\tfrac{d(d+3)}{2}\) \(\tilde S = S(I+2\sigma^2 S)^{-1}\), \(\tilde h = (I+2\sigma^2 S)^{-1} h\) (Q2)
Gaussienne centrée \(\mathrm{Span}\{x_i x_j\}\) \(\tfrac{d(d+1)}{2}\) \(\tilde S = S(I+2\sigma^2 S)^{-1}\) (pas de \(h\))
Isotropique \(\mathrm{Span}\{|x|^2, x_1,\ldots,x_d\}\) \(d+1\) \(\tilde s = s/(1+2\sigma^2 s)\), \(\tilde h = h/(1+2\sigma^2 s)\)
Isotropique centrée \(\mathrm{Span}\{|x|^2\}\) \(1\) \(\tilde s = s/(1+2\sigma^2 s)\)
Pur linéaire (translation) \(\mathrm{Span}\{x_1,\ldots,x_d\}\) \(d\) \(\tilde h = h\) (trivial — \(\Sigma\) fixe)

Vérification rapide pour la famille isotropique. Posons \(\varphi_0(x) = \|x\|^2\) et \(\varphi_k(x) = x_k\) pour \(k = 1,\ldots,d\). Alors

Toutes dans \(\mathcal{A}\) : \((\dagger)\) est satisfait. La famille est donc stable, avec \(r = d+1\).

Remarque (classes dégénérées). \(V = \{0\}\) (pas de statistique) donne la mesure de Lebesgue, qui est triviallement stable. \(V = \mathrm{Span}\{1\}\) est exclu par (M) (dépendance linéaire avec \(1\)). \(V = \mathrm{Span}\{x_i\}\) seul correspond à des exponentielles non normalisables sur \(\mathbb{R}^d\) — le domaine \(\Theta\) est vide, problème renvoyé à Q1b.

5.2 Action du groupe \(\mathrm{Aff}(d) \rtimes O(d)\)

Les sous-familles ci-dessus sont classifiables à action affine près. Si \(\varphi\) est stable et \(\psi(x) := \varphi(Rx + a)\) pour \(R \in O(d)\) et \(a \in \mathbb{R}^d\), alors \(\psi\) est aussi stable (la convolution gaussienne isotrope commute avec les rotations et les translations). Plus précisément, la structure de \(V\) est invariante sous le groupe \(\mathrm{Aff}(d) \rtimes O(d)\) (conformément à la conjecture Wheeler §4 de la synthèse : modulo reparamétrisation affine + \(O(d)\), les \(\varphi\) stables polynomiales sont enveloppe affine de \(\mathcal{Q}\)).

6. Synthèse et limites

Ce qui est prouvé ici (Q1a) :

Ce qui reste ouvert (renvoyé à d'autres tâches) :

7. Références